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Utilisé comme outils de référence pour  mesurer et évaluer le poids et la corpulence par l’OMS, que vaut réellement l’IMC ? Souvent considéré comme manquant de pertinence à plusieurs niveaux, l’IMC reste cependant très utile dans de nombreuses situations.
Entre simplicité d’utilisation et manque de précision, explorons ici l’intérêt et les limites de l’IMC.

Au Sommaire

I – l’IMC : Définition, utilité et intérêts

II – L’IMC : un indicateur imparfait à relativiser
IMC et activité sportive : A pondérer mais pas complètement obsolète.
L’IMC n’est pas l’outil le plus représentatif du risque d’apparitions de plusieurs maladies.
L’IMC est fait pour un homme occidental entre 20 et 50 ans

III – Conclusion : Que penser de l’IMC ? Le SBSI Vers un nouvel indicateur ?

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I – l’IMC : Définition, utilité et intérêts

L’IMC (Indice de Masse Corporelle) permet de contextualiser le poids d’un individu en fonction de sa taille. Il se calcule en divisant le poids (en kilos) par la taille (en mètre) au carré.
Cet IMC permet d’estimer si le poids d’un individu est « correct » par rapport à sa taille.

IMC

D’après l’OMS

L’IMC, comme outil de référence pour évaluer le poids, est utilisé pour plusieurs raisons.
Tout d’abord l’IMC est facile à utiliser et les données (poids et taille) sont très faciles à recueillir. L’IMC est également un indicateur santé. Plus l’IMC est élevé, plus le risque de mortalité est élevé.[1] Par ailleurs, la mortalité liée au poids, est plus du à la masse graisse qu’au poids brut. Même si la masse graisse n’apparaît pas dans le calcul de l’IMC, ce dernier est y est également corrélé. Ce qui signifie que plus l’IMC est élevé, plus en général, la masse grasse est élevée.[2]
Un IMC haut est également associé à différentes maladies (hypertension, arthrite, troubles thyroïdiens …).[3]

Il apparaît alors être un indicateur santé facile et relativement pertinent.

II – L’IMC : un indicateur imparfait à relativiser

Mais cette simplicité qui fait la force de l’IMC constitue aussi sa limite. De fait en ne prenant en compte que le poids et la taille, l’IMC ne tient pas compte des nombreux autres critères pertinents concernant l’analyse du poids[4] ; comme le poids du squelette, la masse musculaire, la masse grasse ou encore le sexe. En ce sens il constitue une approximation du risque, mais n’est pas l’outil ultime et absolu vis-à-vis du rapport poids/risque.[5]

Il est donc de fait imparfait et n’est pas le plus pertinent dans bons nombres de situations :


IMC et activité sportive : À pondérer, mais pas complètement obsolète

L’IMC doit être pondéré dans le cas du sportif.
En effet, le sportif  a une masse musculaire plus importante que la moyenne. Le muscle étant plus lourd que la masse grasse[6], le sport a donc tendance à faire augmenter l’IMC. Ainsi, un sportif comme Teddy Rinner, champion olympique, serait, selon l’IMC, considéré comme obèse[7].

Par l’importance de leur masse musculaire, leur IMC est souvent plus élevé qu’un IMC « normal » sans que cela ne soit synonyme de risque santé.[8]
Pour mesurer, le risque santé du sportif et pouvoir le définir comme en surpoids, il faut s’appuyer sur la masse grasse et non sur l’IMC[9].

Cependant, en dehors de certains sports visant à une masse musculaire particulièrement importante et les sportifs de très haut niveau, l’IMC demeure souvent un indicatif relativement valable[10]. L’IMC est même utilisé comme un marqueur de la performance, un IMC correct étant corrélé à une meilleure performance pour certaines activités sportives.[11] Cela s’explique par le fait que de nombreux sports nécessitent  de maintenir un poids mesuré pour que le poids ne devienne pas une contrainte.[12]

Il en est de même pour les personnes naturellement maigre. Cette « maigreur constitutionnelle » ne présente pas de risque pour la santé bien que pouvant classer l’individu en insuffisance pondérale.

La mesure du tour de taille est parfois plus intéressante que l’IMC

L’IMC n’est pas l’outil le plus représentatif du risque d’apparitions de plusieurs maladies

Bien que plus l’IMC augmente plus la masse grasse à des chances d’augmenter, l’IMC ne permet pas de savoir si la masse grasse est plutôt repartie sur le bas du corps (cuisses ; forme en poire)[13] ou sur le haut du corps (ventre, forme de pomme)[14].
Dans le premier cas, on parle de masse grasse gynoïde, dans le second androïde.
Or, cette information est particulièrement utile : une masse grasse de type androïde  présente plus de risque pour la santé[15] .

Par ailleurs, d’autres mesures, comme par exemple le rapport tailles-hanche ou le tour de taille, sont plus utiles pour estimer le risque des maladies cardiovasculaires[16] .

L’IMC est fait pour un homme occidental entre 20 et 50 ans

L’IMC a été établi en référence à une population occidentale, ainsi l’IMC n’est pas pertinent pour d’autres populations (Japon, Indonésie ou Polynésie par exemple)[17] ; les différences ethniques  influençant en effet les risques associés à un IMC trop élevé.[18]

L’IMC n’est pas non plus pertinent pour les enfants, ou le poids varie rapidement avec la croissance. [19] .D’autres courbes de références sont utilisées, ce sont les courbes de corpulence du PNNS.[20]
L’IMC devrait également évoluer avec l’âge [21]. Après 50 ans, l’IMC perd donc de sa pertinence.

L’IMC devrait également tenir compte du sexe[22] qui influe sur la masse grasse et sur sa répartition, ce qui n’est pas le cas.

III – Conclusion : Que penser de l’IMC ? Le SBSI vers un nouvel indicateur ?

Il est compréhensible de vouloir mettre au point un indicateur plus pertinent. L’IMC est aujourd’hui au centre de nombreuses critiques, soulignant ses nombreuses limites.
Conscient de ces imperfections, une équipe de scientifique américaine a mis en place un nouvel indicateur prenant en compte la masse grasse, le SBSI[23]. Aujourd’hui plusieurs voix s’élèvent pour demander une utilisation de ce nouvel indicateur à la place de l’IMC.

Alors que penser de l’IMC ?
L’IMC est aujourd’hui aussi populaire parce qu’il est extrêmement simple et plutôt bien corrélé la mortalité et la masse grasse, comme nous l’avons vu plus haut. Cet IMC est pris et considéré brut, par le grand public. Le SBSI, bien plus complexe, ne pourra pas être aussi bien utilisé par le grand public.
Alors a qui est destiné ce SBSI ? Aux professionnels de santé ?
Ne nous trompons pas, les professionnels de santé sont conscients de ses imperfections et le pondère en fonction des situations individuelles et peuvent s’appuyer sur la mesure de la masse grasse.

Par ailleurs, l’IMC reste, il me semble, assez représentatif en France. La majorité des Français n’est pas constituée de citoyens d’origines japonaises ni de sportifs de haut niveau.

Même s’il n’est pas un indicateur absolu, il me paraît être un des plus pertinents [24] au vu de son rapport complexité/pertinence santé, en tout cas pour la société française. Par ailleurs, les professionnels de santé demeurent conscients de ses limites. Lorsqu’ils s’en servent, ils le pondèrent et le remplacent dans un contexte.

Vous pouvez donc utiliser l’IMC pour vous donner une idée de votre situation par rapport à votre poids, et bien sûr, le relativiser selon votre situation propre.

 

 

Notes & Bibliographie

[1] Waaler, Hans Thomas. (1984). « Height, weight and mortality : The Norwegian experience », ActaMedica Scandinavica 679:S1-S51.

[2] Leonhardt and all. (1987). « Predictive value of the index of desirable body weight for total body fat mass as measured by dilution of tritiated water – problems and limitations ». International Journal of Obesity 11:221-228.

[3] Galmore, J. (1999). « L’indice de masse corporelle et la santé ». Statistique Canade. (613) 951-7118,

[4] De Saint Pol, T. (2007). « Comment mesurer la corpu­lence et le poids « idéal » ? Histoire, intérêts et limites de l’In­dice de masse corporelle ». Notes & Documents. Paris. Sciences Po – CNRS.

[5] B. Heymsfield, S. (2013). « Does Body Mass Index Adequately Convey a Patient’s Mortality Risk? », JAMA, vol. 309. no 1. p. 87 (DOI 10.1001/jama.2012.185445).

[6] Carip, C. (2015). Bases physiologiques de la diététique. Paris. Tec & Doc : Lavoisier

[7] Zermatti, JP. (2012).  Teddy Rinner, médaillé d’or, trop lourd pour être en bonne santé ? Leplus. Nouvel Obs.

[8] Ibid

[9] Ibid

[10] De Saint Pol, T. Ibid

[11] Sedeau, A. and all. (2014). « BMI, a performance parameter for speed improvement ». PlosOne. DOI : 10.1371/journal.pone.0090183

[12] De Saint Pol, T. Ibid

[13] Vague, Jean. (1956) . « The degree of masculine differentiation of obesities ; a factor determining

predisposition to diabetes, atherosclerosis, gout and uric calculus disease ». American Journal ofClinical Nutrition 4:20-34.

[14] Ibid

[15]  Leyvraz, C., Verdumo, C and all. (2008). Repartition du tissu adipeux: implications cliniques. Revue Medicale Suisse, (151), 844-847.

[16]  Klein, S. and all. (2007). Waist circumferense and cardiometabbolic risk. Diabetes care. Jun; 30(6): 1647-1652. http://dx.doi.org/10.2337/dc07-9921

[17] Gallagher, Dympna and all. (2000). « Health percentage fat ranges : an approach for developing guidelinesbased on body mass index ». American Journal of Clinical Nutrition 72:694-701.

[18] De St Pol, T. Ibid

[19] INPES. Evaluer et suivre la corpulence des enfants

[20] Ibid

[21] Waaler, Hans Thomas. (1984). « Height, weight and mortality : The Norwegian experience », Acta

Medica Scandinavica 679:S1-S51.

[22] Jackson, AS. and all. (2002). The effect of sex, age, and race on estimating percentage body fat from body mass index: The Heritage Family Study

[23] Syed Ashiqur Rahman. (2015). Surface-Based Body Shape Index and Its Relationship with All-Cause Mortality. PLOsOne

[24] Cole, Tim J. (1991). « Weight-Stature Indices to Measure Underweight, Overweight, and Obesity ».Anthropometric Assessment of Nutritional Status 83-111.

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