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Ouh là après les vacances je me mets au régime » « Tiens, j’ai vu un nouveau régime qui marche bien il parait, le régime paléo tu connais ? » Ça vous rappelle quelque chose ? Les régimes sont devenus bien malheureusement une habitude pour bon nombre de nos compatriotes.

Entre danger, réussite et déception, nous explorerons ici les différents aspects et mécanismes communs à tous les régimes.

Au Sommaire :

I – Mais qu’est-ce qu’un régime ?
II – Quels sont les objectifs d’un régime ?
III – Les régimes qui visent à préserver l’état de santé
IV – Les régimes qui visent une perte de poids
Le caractère restrictif des régimes, croyances erronées et dangereuses

Un changement d’alimentation temporaire, une perte de poids non durable : Pondérostat effet yo-yo
Négation de l’aspect psychologique et de la valeur sociologique de l’alimentation
V – Et les régimes qui marchent ?
VI – Quelles sont alors les solutions pour perdre du poids 

régime

I – Mais qu’est-ce qu’un régime ?

Il nous faut tout d’abord bien nous entendre sur ce qu’est un régime. Le Larousse 2016 définit le régime autour de deux axes [1]:
‘’  Ensemble de prescriptions concernant les aliments et destinées à maintenir ou à rétablir la santé : Régime lacté. Régime végétarien. ‘’
‘’ Conduite alimentaire caractérisée par des restrictions : Suivre un régime ‘’

Le régime serait donc un moyen de préserver sa santé et/ou marqué par des restrictions. Pour moi une autre dimension propre au régime est son aspect circonscrit dans le temps. Le régime est souvent une modification alimentaire temporaire, sauf pour certains régimes que nous détaillerons dans un second temps.

II – Quels sont les objectifs d’un régime ?

Un régime présente souvent deux objectifs distincts : soit il vise la préservation ou l’amélioration de l’état de santé, soit il vise une perte de poids.

III – Les régimes qui visent à préserver l’état de santé

Ce sont des modifications alimentaires qui visent à préserver ou améliorer la santé sur des bases médicales ou non. Ces régimes, à la différence des régimes qui visent la perte de poids, s’inscrivent le plus souvent dans la durée.
De nombreux régimes peuvent être nécessaires pour la santé. On peut citer par exemple des régimes sans lactose pour les personnes y étant allergiques. Dans ce cas, la modification alimentaire vient combler des carences ou éviter des réactions physiologiques inconfortables ou dangereuses. Dans ces cas, les situations sont diagnostiquées sur un plan médical et le régime est identifié et connu comme efficace.

Cependant de nombreux régimes visent une amélioration de l’état de santé sans s’appuyer sur des bases médicales fiables et reconnues. Les régimes perdent ici tous leur sens puisqu’ils s’appuient sur des allégations erronées. Ils sont alors souvent risqués pour la santé[2]. On peut par exemple citer dans cette catégorie le régime détox[3]. La véracité scientifique de ce genre de régimes passe bien après les croyances de la personne. Cette situation est proche du mécanisme psychologique connu sous le nom de « pensée magique »[4]. La personne pense seule pouvoir atteindre ses objectifs ou empêcher des situations par la seule force de sa volonté et sans le moyen matériel le permettant. Ce que l’on pourrait résumer en «  Si j’y crois, ça marche « . Dans notre cas l’individu pense pouvoir nettoyer son corps des différentes toxines néfastes avec un citron et ce, non pas en se basant sur une réalité scientifique mais plutôt sur sa croyance. Ce mécanisme s’exerce souvent de manière inconsciente.

IV – Les régimes qui visent une perte de poids

Les régimes visant la perte de poids connaissent un engouement important dans notre société occidentale actuelle. Le poids, son contrôle mais plus généralement la question de l’image du corps est un phénomène psychosociologique[5] considérable que nous explorerons dans un autre article. Ainsi la volonté de perte de poids rapide mène la personne à suivre scrupuleusement une méthode, un régime, aussi étrange ou démesuré soit-il. Par ailleurs il faut également préciser que l’éducation nutritionnelle est très peu présente en France et que les informations émises par la presse sont souvent contradictoires. Dans ce contexte, il est difficile de démêler le vrai du faux et suivre un régime apparaît souvent une solution rassurante.

Hors le principe du régime que nous avons présenté en début d’article n’est pas adapté à une perte de poids.

Le caractère restrictif des régimes, croyances erronées et dangereuses

Chaque régime propose une restriction qualitative et quantitative.

La restriction qualitative consiste en une liste d’aliment interdit qui serait responsable de la prise de poids. Les aliments interdits reposent encore une fois sur des croyances psychosociologiques[6],[7], que nous décrirons plus en détails, et non pas sur une réalité scientifique. Le plus souvent, ces aliments ‘’interdits’’ peuvent entraîner bon nombre de carences[8]. En plus de ces carences, les régimes dénient la réalité physiologique du corps, entraînant des effets plus ou moins dangereux sur ce dernier[9], principalement au niveau des reins, du foie et du capital osseux.

La restriction quantitative repose quant à elle sur une idée logique ; si je mange moins je perds du poids. En tant que tel, ce mécanisme est valable. C’est le principe de la balance énergétique[10] : le poids est le résultat de la différence entre apports et dépenses d’énergie. Cependant, la confusion entre perte de poids et perte de masse grasse est fréquente. Perdre du poids sur la  balance ne signifie pas perdre la graisse abdominale dérangeante. La perte esthétique est différente de la perte de poids.

Par ailleurs, la diminution des apports entraîne une perte de poids uniquement si elle n’est pas trop importante. En effet une restriction alimentaire importante diminue la dépense d’énergie du corps au repos. En clair quand vous ne faites rien, le corps dépense de l’énergie. Intéressant hein ? Sauf que si vous vous affamez, il dépensera beaucoup moins d’énergie, vous voyez le paradoxe ?  Ainsi, alors qu’il faudrait augmenter la dépense d’énergie, le régime la diminue. La restriction alimentaire massive est donc totalement contre productive dans une optique de perte de poids.

 Un changement d’alimentation temporaire, une perte de poids non durable : Pondérostat effet yo-yo

Les régimes visant à perdre du poids sont souvent réalisés sur un ou deux mois. Si les apports sont diminués pendant seulement deux mois mais qu’ils reviennent au même niveau qu’avant le régime, le poids lui aussi reviendra à son niveau. C’est que l’on appelle le pondérostat[11] (le thermostat du poids). Le corps va viser à maintenir un poids constant, un poids de référence, à revenir toujours au même poids. Un changement d’alimentation à long terme est le seul moyen de faire évoluer ce poids de référence.[12]
Parfois la reprise de poids est encore plus importante que le poids initial. C’est l’effet dit yoyo. Cet effet yoyo s’explique par le fait que le régime restrictif a diminué la dépense au repos de l’organisme. Ainsi lorsque les apports retrouvent leur niveau d’avant régime, la dépense d’énergie est, elle, est moins importante : le corps stocke donc cette nouvelle énergie.

Négation de l’aspect psychologique et de la valeur sociologique de l’alimentation

Le temps du repas et la place de l’alimentation va bien au-delà du simple aspect biologique.[13] Au quotidien, il est difficile de mettre en place les régimes extrêmement restrictifs, le partage du repas risque de ne plus être un moment convivial avec famille ou amis mais un moment d’angoisse, de frustration ou d’exclusion. La dimension hédonique liée à l’alimentation est également rejetée, l’alimentation ne doit pas être synonyme de plaisir mais d’objet de contrôle. Les régimes ne sont donc pas compatibles avec une vie sociale standard.
D’un point de vue sociologique et psychologique, cette situation peut mener à des troubles psychologiques dépressifs et anxieux[14] et plus souvent à de la frustration.
Cette frustration sera, à la fin du régime, surcompensée par une consommation d’aliments très riches, participant à la reprise de poids et à l’effet dit yoyo.
Neurobiologiquement, la frustration va entraîner un changement hormonal au niveau du cerveau. Ce sont les aliments riches en calories, majoritairement gras et sucrés, qui vont être ciblés par les hormones[15] pour compenser cette frustration.

V – Et les régimes qui marchent ?

Il est possible qu’un régime de deux mois vous ait fait perdre quelques kilos de manière durable. Comment l’expliquer par rapport à l’exposé précédent ? En premier lieu concernant la gestion du poids, l’aspect génétique et personnel est important, pouvant expliquer la réussite d’un régime chez certaines personnes. Mais le régime sera-t-il réussi ? La perte de poids par régime restrictif peut entraîner un dérèglement hormonal et physiologique que vous ne pouvez pas mesurer vous-même.  Par ailleurs, la réussite d’un régime peut être du à la fin d’un excès avant le régime (fête de noël riche pendant une semaine entraînant une diminution des apports la semaine suivante). Dans ce cas, c’est plus le pondérostat qui expliquera le retour au poids initial que le régime entreprit.

VI – Quelles sont alors les solutions pour perdre du poids

Consulter un ou plusieurs spécialistes selon la situation est la seule solution. Ils vous permettront de vous appuyer sur une réalité scientifique, médicale et de vous apporter un suivi personnalisé.
Par ailleurs, il faut transformer son alimentation sur le long terme sans excès dans la mise en place des changements. La pratique d’une activité physique et sportive en complément est également un des meilleurs moyens pour perdre du poids durablement et sans mettre sa santé en danger.

 

 

Notes & Bibliographie

[1] http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/r%c3%a9gime/67629?q=r%c3%a9gime#66872

[2] ANSES. (2010). Évaluation des risques liés aux pratiques alimentaires d’amaigrissement. Paris

[3] Ibid

[4] Freud, S. (1913). Totem & Tabou. Paris. Collection petite bibliothèque Payot. Payot

[5] Fischler, C. (1993). L’Homnivore. Edition Odile Jacob

[6] Ibid

[7] Watiez, M. (1995). Diététude, psychosociologie de l’alimentation

[8] ANSES. Ibid

[9] Ibid

[10] Carip, C. (2015). Bases physiologiques de la diététique. Paris. Edition Tec & Doc : Lavoisier

[11] Cascua, S. et Rousseau, V. (2005).  Alimentation pour le Sportif. Editions Amphora. p192

[12] Dr. Jean-Michel LECERF & co. Ibid

[13] Fischler, C. Ibid

[14] ANSES. Ibid

[15] Breedlove, S. Marc. (2012). Psychobiologie de la biologie du neurone aux neurosciences comportementales, cognitives et cliniques. Bruxelles : De Boeck

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