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L’ANSES vient de préciser les recommandations nutritionnelles pour la population française. Profitons de ces nouvelles recommandations pour préciser les conseils nutritionnels pour une alimentation équilibrée et saine et faisons un petit tour du monde des recommandations.
Les autres pays présentent-ils les mêmes conseils ? Y a-t-il un consensus sur les recommandations nutritionnelles ? S’il y a des différences, comment les expliquer ?

 

 

I – Les nouvelles recommandations de l’ANSES : pas de révolutions, que des précisions

 

Inutile de re-détailler conseils précédents que vous connaissez, les « pour votre santé mangez 5 fruits et légumes et par jour » , « ne mangez pas trop salé, trop sucré… » n’ont  pas pu vous échapper.

Recommandations ANSES

Alors qu’est-ce qui change dans ces nouvelles recommandations ?

Majoritairement deux choses :[1]
– Limiter les portions de viande à 70g/jour hors volaille.

– Augmenter la consommation de légumes secs/légumineuses

Hormis  ces deux grandes directions, l’ANSES précise certaines consommations ; elle  invite également à :
augmenter la consommation de poisson, limite de manière chiffrée la dose de sucre par jour (100g) et invite également à favoriser les féculents complets, le moins raffiné.

Les légumineuses deviennent un groupe à part pour favoriser leur consommation. Les produits laitiers sont limités à 3 par jours et leur aspect protecteur dans la solidité osseuse est discuté.
Enfin les recommandations caloriques sont revues à la hausse, s’alignant sur la réalité de consommation des français on passe à 2600kcal (contre 2100 auparavant) et 2100 kcal (contre 1800) pour une femme.

Pourquoi de nouvelles recommandations ?

Les recommandations évoluent en fonction de deux aspects : les avancées scientifiques et l’état actuel de la consommation en France. Ainsi la recherche scientifique récente met en lien la consommation importante de viande avec un risque de cancer, ce qui explique le conseil de réduction. On voit bien cependant que la viande n’est pas forcément à exclure, c’est la quantité qu’il faut surveiller. Par ailleurs, les légumes secs restent encore peu consommés en France malgré leurs nombreux avantages nutritionnels, expliquant le conseil d’augmentation de ces aliments.

 

II – Qu’en est-il ailleurs dans le monde ?

C’est l’occasion de se demander comment ça se passe ailleurs[2]. Quelles sont les recommandations nutritionnelles fournies par les autres pays, mais aussi quels sont le mode de diffusion et le support de ces recommandations.

Sur le fond, peu de différences sur les recommandations nutritionnelles

 

A la différence des autres pays, la France met en avant les fruits et les légumes

 

Il y  a peu de différences sur le fond entre les différentes recommandations.
On peut notamment noter la place des féculents, des produits céréaliers notamment  par rapport à celle des légumes. En France, l’accent est mis sur la consommation de fruits et légumes, comme base majeure de l’alimentation.
Dans la majorité des autres pays (Italie, Espagne, Japon, Chine, Angleterre…), c’est les féculents, avec la précision ou pas, de favoriser des produits complets ou le moins transformés, qui sont considérés comme base.

Différences et point communs entre les recommandations (Espagne/Italie/Allemagne)

 

 

Également la place des produits laitiers et de la viande.
En premier lieu, les produits laitiers qui font face à une polémique croissante sont présents dans les recommandations du Japon, de la Chine ou même de l’Afghanistan, alors que culturellement, ces produits ont peu de place de l’alimentation quotidienne.
Il est considéré selon les pays d’en consommer plutôt 2, que 3 comme en France.
Concernant la viande, les variations sont un peu plus nettes, certains distinguent le poisson et la volaille des viandes rouges (Espagne), certains incluent les légumes secs avec les viandes en se basant sur leur apport en protéines (Angleterre),  certains ne font pas la distinction entre volaille, poisson ou viande rouge (Portugal, Autriche, Afrique du Sud, Allemagne…).

L’activité physique est intégrée aux recommandations chinoises

 

On notera aussi un élément très intéressant qui est pour beaucoup, comme base de toute recommandation, l’activité physique.

Quel support pour l’information ?

Outre les longs guides d’environ 120 pages, les États proposent  généralement  une image récapitulative.
La plus importante est celle de la pyramide, ou du cercle découpé en plusieurs parties tel un diagramme. Un pays sur deux voire plus propose ce type de support.
De manière un peu plus originale, on trouve la maison hongroise, ou dans l’idée de la pyramide, la maison traditionnelle chinoise.  La France propose une sorte d’escalier, le Japon une toupie.

Japon et sa forme en toupie

 

L’aspect progressif et le rapport à la base est mis en avant dans les structures pyramidales, alors que c’est l’aspect complémentaire et unificateur qui est mis en avant des les représentations circulaires.

 

Différence entre le modèle pyramidal et le modèle circulaire (Belgique/Angleterre)

 

 

III – Comment expliquer ces différences ?

Les différences, vous l’avez vu, sont mineures. Elles varient selon les modes de consommation et les directions de consommation santé que le ministère de la Santé veut impulser.
Les légumes sont mis en avant par rapport aux féculents parce qu’ils sont consommés, en part non négligeable,  transformés et raffinés. D’autres pays préfèrent notifier l’importance de consommer complet ou peu raffinés et de laisser les féculents en première ligne. Pourquoi ? Parce que les féculents sont la source majeure d’énergie utile et santé pour votre corps.
C’est une question de point de vue, de choix de ce que l’on veut transmettre comme message.

Concernant les produits laitiers les recommandations sont assez proches, elles varient pour des raisons culturelles et sans doute pour des enjeux économiques[3].

Quant à la viande, c’est une question de choix. Ce que l’État décide de mettre en avant, la quantité de protéines ou un aspect plus global prenant également en compte l’apport en gras, le risque santé.

 

 

IV – Suède, Brésil, Fidji & Grèce : Les recommandations originales et pertinentes

Outre les faibles différences de fond, les guides mettent en générales en avant une seule qualité de groupe alimentaire, justifiant de leur position.
Pour les viandes, seul l’apport en protéine est parfois considéré, mettant ensemble poisson, viande rouge et volaille, alors que nous l’avons vu, les implications sont en réalités différentes.
Cette proposition est réductrice, et soyons honnête, ne paraît pas être un outil qui soit utilisé et que les individus peuvent d’approprier.

Certains pays ont alors décidé de proposer d’autres recommandations, plus simples, plus pratiques :

La Suède propose des directions très simples. À l’inverse des autres recommandations, qui proposent des modèles d’organisation de repas de A à Z, la Suède sur la base des habitudes alimentaires des individus propose simplement des axes de modifications.

Suède


La Grèce
elle, propose un schéma du régime type méditerranéen qui correspond à la fois à leur culture et habitude alimentaire, et qui est reconnu comme protecteur vis-à-vis de la santé[4], même si certains points pourraient être discutés, notamment sur l’alcool.

Grèce

Les îles Fidji rajoutent l’alcool et la cigarette à éviter et oriente son discours sur le manger local, sur l’alimentation des enfants et sur des indications simples avant de parler de groupes alimentaires.

Fidji

 

 

Le Brésil propose une orientation similaire, dirigée sur le partage du repas, l’acte alimentaire (ne pas manger seul), sur la cuisine maison.

 

 

V – Conclusion : Y a-t-il une proposition meilleure qu’une autre ?

Clairement OUI.

Même si, sur le fond, les propositions française sont sans doute les plus en phase avec les avancés scientifiques, la forme et la méthode de diffusion n’est peut-être pas optimale. Une orientation comme celle du Brésil me parait, comme à d’autres observateurs comme Vox, la plus pertinente. Mettre l’accent sur le partage (le plaisir), l’environnement alimentaire (qui à une influence sur le type de repas consommé, la consommation calorique), la cuisine maison (aliment non transformé) est un message plus intéressant et sans doute plus porteur que de se fonder uniquement sur des groupes alimentaires. Cette façon de faire est extrêmement réductrice et diffuse l’idée qu’un aliment se réduit à une seule dimension, un apport en protéine, en calcium…  C’est une rationalisation de l’alimentation. Elle favorise la tendance orthorexique actuelle.
Les repères nutritionnels doivent se baser sur du bon sens, des sensations, des recettes, des moments de partage transmis et pas sur une construction rationnelle. Une orientation comme celle du Brésil propose de replacer l’alimentation sur la spontanéité, la cuisine et le partage et de ne pas entretenir le comptage de calories, l’obsession du poids, du sain et du malsain.

 

 

 

Notes & Bibliographie

[1] https://www.anses.fr/fr/system/files/NUT2012SA0103Ra-1.pdf

[2] http://www.fao.org/nutrition/education/food-dietary-guidelines/regions/en/

[3] Nestle, M. (2013). Food politics: How the food industry influences nutrition and health (Vol. 3). Univ of California Press.

[4] Estruch RRos ESalas-Salvadó JCovas MI, et al. Primary prevention of cardiovascular disease with a Mediterranean diet. N Engl J Med. 2013 Apr 4;368(14) :1279-90.

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